CORONAVIRUS / LA JEUNESSE S’EXPRIME – En stage dans le service de réanimation d’un CHU, Romane nous livre son témoignage…

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En cette période de confinement, SODA Magazine offre aux jeunes, la possibilité de s’exprimer sur le sujet du Coronavirus. Aujourd’hui, nous vous proposons de découvrir le témoignage de Romane, en stage de fin d’études dans le service de réanimation médicale d’un CHU.

“Je suis étudiante en dernière année de Master de Psychologie et depuis le 5 Janvier 2020 je suis en stage de fin d’études dans le service de réanimation médicale d’un CHU. Depuis plusieurs jours, les témoignages alarmants des soignants et des experts se succèdent concernant la gravité de la situation, le manque de moyens et de places auxquels doivent faire face certains établissements de santé. On entend beaucoup parler des symptômes du Covid-19, des complications respiratoires qui peuvent mener le patient en service de réanimation ou de soins intensifs. Mais il y a un autre aspect que je voudrais évoquer aujourd’hui, cet aspect c’est l’impact psychologique du Covid-19 sur les patients, leur famille ainsi que le personnel soignant. 


Un isolement extrêmement éprouvant pour les patients…


Je pense que c’est pertinent d’en parler aujourd’hui car je vois encore beaucoup trop de personnes prendre les mesures de confinement à la légère ou encore dire « de toute façon on ne risque rien, la plupart des gens en réanimation sont des personnes âgées ». Alors déjà, environ 50% des personnes en réanimation ont moins de 60 ans, mais quand bien même, je crois que ces dites personnes ne se rendent pas bien compte des circonstances dans lesquelles sont hospitalisées les personnes en réanimation actuellement. En effet, depuis l’arrivée des premiers cas de covid-19 dans le service de réanimation (dans la semaine du 24 février 2020 si mes souvenirs sont bons), les visites des familles et des proches ont été strictement interdites, y compris pour les patients non infectés par le virus et pour les patients covid-19 en fin de vie. C’est-à-dire que les patients, qu’ils soient atteints du coronavirus ou qu’ils soient en réanimation pour autre chose, n’ont pas le droit de recevoir de visites de leurs proches. Cet isolement est extrêmement éprouvant pour eux d’autant plus que le service de réanimation est un service dans lequel sont prodigués des soins très intenses visant à rétablir ou surveiller les fonctions vitales momentanément défaillantes et compromises.


Le travail du psychologue ne peut remplacer le soutien psychologique des proches…


Dans certains cas les patients ne se rappellent pas des évènements précédents leur hospitalisation, il est donc important de leur expliquer ce qu’ils ont vécu, leur donner des repères, leur expliquer ce qu’il s’est passé et ce qui a été fait par les secours, par le service. Dans d’autres cas, les patients se rappellent des évènements précédents l’hospitalisation et leurs souvenirs peuvent être très bouleversants pour eux, source d’anxiété, d’angoisse ou de désespoir. Ainsi, dans un tel service, la présence d’un psychologue est indispensable afin d’aider le patient à se réorienter (donner des repères spatio-temporels, des repères concernant son parcours médical et les soins faits), travailler les émotions et les pensées du patient, travailler sa motivation aux soins, écouter le patient s’il désire s’exprimer sur ce qu’il a vécu et également prévenir les risques de développer des troubles anxieux suite à l’hospitalisation, tel que le stress post traumatique etc.

Néanmoins, le travail du psychologue ne peut remplacer le soutien psychologique des proches, des familles qui est tout aussi important. La présence des proches auprès du patient est un soutien de taille pour l’aider à traverser son hospitalisation dans les meilleures conditions possibles et surtout, elle permet de renforcer et consolider le travail fait par le psychologue. Avoir la présence et la visite des proches régulièrement, aide les patients à rester motiver pour les soins, malgré l’inconfort qu’ils procurent. Mais actuellement, tous les patients de réanimation en sont privés, les visites étant désormais interdites par mesure de sécurité. 


Un sentiment d’impuissance et de culpabilité…


Certains des patients sont conscients mais intubés, c’est-à-dire qu’ils ont un tube dans la bouche qui descend dans la trachée, qui leur permet de respirer mais qui ne leur permet pas de parler, ainsi, même les conversations téléphoniques leur sont impossibles. En tant que psychologue, on essaie parfois de faire le médiateur entre les proches et le patient, de leur donner des nouvelles ou communiquer avec le patient à l’aide d’une ardoise lorsque c’est possible, mais ça ne peut remplacer la présence physique des proches et les vrais échanges entre eux. Cela est très difficile, tant pour les patients que pour leurs proches qui ressentent fréquemment un sentiment d’impuissance et de culpabilité. 


Les patients qui décèdent du covid-19, le font seul, sans proche…


Je n’ai jusqu’alors évoqué que les cas de patients conscients, mais l’interdiction de visite s’applique également pour les patients dans le coma et ceux en fin de vie. Le risque de contamination étant trop élevé, il n’y a pas d’exception pour eux. Ainsi, les patients atteints du covid-19 qui décèdent, le font seul, avec comme dernier entourage, l’équipe soignante vêtue de combinaison, de masques, de charlottes et de lunettes. Je ne vais pas vous faire un dessin, mais peu importe l’âge du patient, qu’il ait 95 ans, 50 ou 30, personne ne mérite de vivre cela. Cette situation est humainement atroce pour le patient lui-même, pour ses proches qui devront faire un deuil dans de telles circonstances mais également pour le personnel soignant, qui sont les seuls à pouvoir accompagner les patients dans leur dernier souffle. 

Alors, oui, oui la majorité des décès du covid-19 concernent des personnes âgées, oui vous êtes jeunes et moins à risque mais allez plus loin dans votre réflexion, voyez la situation dans sa complexité, protégez et préservez vos proches, restez chez vous !”

Romane pour SODA Magazine.

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