PSYCHOLOGIE / CORONAVIRUS – Comment dire “adieu” à un proche décédé sans être à son chevet ?

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En cette période de confinement due à l’épidémie du Coronavirus, seule la famille très proche d’un défunt peut assister aux funérailles, dans la limite de 20 personnes. Pour les cousins, cousines, oncles, tantes, ami(e)s, … il n’est malheureusement pas possible de faire un dernier “adieu”. Alors, comment faire son deuil ?


Qu’est-ce que le deuil ?


L’expérience du deuil est une partie naturelle du processus de guérison. La détresse liée à la perte d’un proche est parfois combinée à de la culpabilité, du remord, de la colère ou toute autre émotion négative qu’il faudra alors évacuer pour avancer. Voici les différentes phases de deuil. Ces phases sont présentées par ordre d’apparition dans le temps mais elles ne sont pas linéaires. Plus le deuil est grave, plus les retours vont être fréquents et répétés.

1- La phase du déni

La personne ne peut accepter la réalité et nie purement et simplement ce qui est arrivé. Exemple : « Ce n’est pas possible, je vais me réveiller. Je n’y crois pas. Je m’attends à ce qu’on me dise que ce n’est pas vrai… ». Cette phase est une phase critique où le deuil peut se bloquer si l’on refuse de voir la vérité en face. Les personnes qui n’ont aucune émotion face à un deuil important font un déni, elles risquent de développer de la violence contre les autres, ou contre elles-mêmes, un état dépressif, des troubles anxieux et des addictions.

2 – La phase émotionnelle

La personne passe par des phases plus ou moins longues et puissantes de colère, de tristesse et de peurs. C’est une phase très impressionnante qui peut être pénible à vivre pour le sujet comme pour son entourage. Empêcher l’expression des émotions équivaut à un retour dans la phase de déni pathologique, il est donc nécessaire d’évacuer les émotions. Cette phase va durer jusqu’à ce que la phase suivante s’installe.

3 – La phase de marchandage

La personne va rechercher quelque chose de positif à tirer de l’évènement, à marchander par rapport à la souffrance ressentie. Exemple : « Je vais créer une association pour que cela n’arrive pas aux autres », « à partir de maintenant je vais agir différemment… ». Il peut arriver dans cette phase de marchandage que la personne élabore de la rancœur envers les personnes qu’elle estime responsables de son deuil. Garder cette rancœur bloque le processus de deuil et équivaut à un retour au déni (phase N°1).

4 – La phase dépressive

Cette phase est la plus redoutée. L’épisode dépressif sera plus ou moins long et profond selon la conduite des étapes précédentes. Ce qui caractérise cette phase est une perte de désir. Exemple : « A quoi bon, plus rien n’a de goût, rien ne m’intéresse… ». Il est important dans cette phase de prendre toute l’énergie possible présente autour de soi et rechercher le plaisir. Naturellement l’envie sera de rester sous la couette en espérant que ça passe, erreur fatale ! Bouger, sortir, s’entourer et profiter sont les clés pour avancer dans le deuil.

5 – La phase de l’acceptation

Nous sommes ici en capacité de reprendre le cours normal de notre vie. Le deuil est digéré, il fait partie de notre histoire et s’intègre à notre personnalité.


Comment faire le deuil d’un proche quand il a été impossible de lui dire au revoir ?


Nous sommes aujourd’hui confrontés à cette problématique avec l’épidémie du coronavirus. En effet, le confinement de la population et l’isolement des malades empêchent les proches des souffrants d’être à leur chevet, et dans certains cas lorsqu’il y a décès, de leur dire adieu. L’annonce du décès est alors vécue comme brutale puisque l’accompagnement n’a pas pu se faire. Ce que l’on remarque dans ces cas, c’est une phase de déni souvent plus longue, la culpabilité et les regrets prenant ensuite le relais. Le deuil est cependant possible, et heureusement ! Il va être nécessaire dans ces cas de figure de passer par des techniques afin d’évacuer les émotions bloquées, les paroles qui n’ont pas pu sortir, et ainsi prendre conscience de la triste réalité. Le processus de deuil prend un temps certain, mais le temps qui passe a tendance à ancrer les émotions, ainsi une phase de déni peut rester bloquée et empêcher la traversée des autres phases, pourtant nécessaires au processus de guérison.


Quelles techniques utiliser ?


La lettre d’adieu

Écrire de préférence à la main une lettre d’adieu à la personne que vous avez perdue. Elle ne doit pas forcément être conventionnelle mais surtout libératrice. Vous pouvez l’illustrer de dessins, photos, citations… Tout ce qui semble avoir du sens est bon à mettre dans cette lettre. Une fois cette lettre terminée, il restera à la lire à haute voix. Vous pouvez ensuite la détruire ou la garder.

La respiration libératrice

Prendre de grandes inspirations tout en acceptant de ressentir l’émotion présente à l’intérieur de vous. A l’expiration, extérioriser l’émotion comme elle souhaite s’exprimer pour la libérer. Faire ce processus autant de fois que nécessaire pour éviter l’accumulation et le blocage émotionnel. Pensez que si le deuil semble être bloqué, il est primordial de vous faire aider par un professionnel qualifié.

Marie PELISSON (MinDev) pour SODA Magazine.

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