TEMOIGNAGE – Abigaël “De 5 à 17 ans, mon enfance en familles d’accueil”…

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Avant d’accepter de partager mon expérience en familles d’accueil, j’y ai longuement réfléchi par peur d’être jugée. Finalement, je suis fière de ce que je suis devenue, fière d’avoir atteint l’un de mes objectifs malgré un parcours qui est loin d’avoir été simple. Après avoir été retirée de chez mes parents, je me suis retrouvée de mon enfance à mon adolescence à parcourir plusieurs familles d’accueil. Si certaines ne m’ont pas facilité la vie, d’autres au contraire, me l’ont rendue plus belle. Voici mon histoire.

C’est à l’âge de 5 ans que j’ai été retirée de chez mes parents. A l’époque, ma mère avait 17 ans. Trop jeune pour s’occuper de moi. L’environnement dans lequel je grandissais n’étais pas sain. Mes voisins l’avaient d’ailleurs ressenti. Ils s’étaient rendus compte qu’il se passait quelque chose d’anormal dans ma famille et ont décidé d’alerter les services sociaux. Suite à ce signalement, mon frère et moi avons été séparés. Moi placée en foyer en région Parisienne, lui en pouponnière.


“Je n’ai jamais pu accepter d’être séparée de mes parents”


Un an  plus tard, nous nous sommes tous les deux retrouvés dans une même famille en Bourgogne. Si pour mon frère tout s’est bien passé, cette période a été, pour ma part, très difficile. Sept années pendant lesquelles je ne me suis jamais sentie à ma place, jamais entourée comme je l’aurais voulu. J’étais considérée comme une menteuse, une voleuse, un vilain petit canard. En fait, j’avais l’impression d’être une mauvaise personne. Malgré tout, je continuais à voir mes parents une fois par mois sur Auxerre, à 30 km de ma famille d’accueil. A chaque fois que je les quittais, c’était un déchirement. Je n’ai jamais pu accepter d’être séparée d’eux. J’avais l’impression que l’on me retirait tout ce que j’avais… Que la vie pouvait être tellement meilleure avec eux, qu’ils pouvaient m’apporter cette affection tant recherchée et que je ne trouvais pas dans cette première famille d’accueil. Mais je me mets aussi à la place de cette dernière… Comment accueillir une fille aussi dévastée ? Comment prendre du recul pour réussir à l’élever ?

Pour répondre à mes doutes, à mes questions personnelles ou intimes, jamais je n’allais vers eux. Je me tournais toujours vers mon éducatrice. Je n’avais confiance qu’en elle. On se voyait plusieurs fois par mois et c’était à chaque fois un plaisir. Je savais que j’allais pouvoir lui parler des choses sans être jugée. Qu’elle allait me comprendre et  m’aider à y voir plus clair.

Après avoir vécue des choses que personnes ne peut et ne doit vivre à cet âge là, des choses que je ne pourrais développer ici mais qui resteront toujours au fond de moi, j’ai tout avoué à mon éducatrice qui m’a tout de suite reconduite vers une seconde famille d’accueil. 


“Un besoin d’amour”


A cette période, j’avais un grand besoin d’amour et de protection.  Malheureusement, cette seconde famille perdait leur fils de 24 ans deux semaines seulement après mon arrivée. Vous vous doutez bien que la co-habitation n’a pas été simple. Sur le point d’avoir 11 ans, je me sentais vraiment comme une pièce rapportée, il m’arrivait aussi de ne même plus me respecter moi-même. Penser que l’on peut être quelqu’un de bien prend du temps. Pendant ces 5 années passées dans cette famille, il me reste tout de même quelques bons souvenirs avec eux (Noël, vacances) mais toujours avec ce sentiment de ne pas être à ma place. D’ailleurs, dans cette famille, ma place, je ne l’ai jamais trouvée.

Suite à une altercation avec eux lors d’un repas, je me suis prise une gifle. C’est là que j’ai pris l’initiative de contacter à nouveau mon éducatrice pour lui faire part du mal-être que je ressentais ici. Le jour de mon départ, 5 années après mon arrivée, j’ai quand même ressenti un sentiment de nostalgie, peut-être aussi parce que je me demandais ce qu’il allait se passer après… Je me souviens que le jour de ce départ, la femme a pleuré. Avec du recul, je pense qu’elle a dû vivre ce départ comme un échec.


“Elle m’a appris à vivre pour moi, à être une fille”


Quel soulagement d’arriver dans l’année de mes 15 ans dans cette troisième famille d’accueil à Lucy-Sur-Yonne. Une famille de « dépannage » qui accueillait déjà deux soeurs. Deux filles avec un parcours difficile. Compliqué de rajouter le mien. Quoi qu’il en soit, cette mère d’accueil a toujours fait ce qui a été bon pour moi. Elle s’est comportée comme une personne
« normale ». C’était ce qu’il me fallait. Que l’on me comprenne et me soutienne. Elle m’a appris à vivre pour moi, à être une fille, à prendre soin de moi. Ici, j’y suis restée un an, c’était super. J’avais deux copines avec qui je partageais pleins de bons moments. Cette fois-ci, je n’étais pas concidérée comme une pièce rapportée. Pour la première fois, je me sentais enfin à ma place. Je n’avais pas cette impression de déranger. J’ai senti qu’elle y mettait du coeur à l’ouvrage, même sur une courte durée. C’était une femme de coeur. Que de bons souvenirs et de belles rencontres à cette période.

Dernière famille d’accueil, une femme seule qui avait déjà à sa charge une jeune Haïtienne et son enfant. Au départ, je voyais cette femme comme une copine avec qui je pouvais échanger maquillage, sac à main, chaussures. Avec du recul, je me souviens qu’elle était assez spéciale et ayant 17 ans, je ne voulais plus m’éterniser dans une famille d’accueil. Mon éducatrice et moi, avons décidé d’un commun accord que je devienne enfin indépendante ! Un énorme soulagement !

Un jour, on est venu me chercher au lycée pour me proposer d’aller visiter la ville dans laquelle j’allais vivre, seule : Avallon (Yonne). Ce jour de printemps, il faisait un grand soleil, les fleurs et les rues en pavés étaient magnifiques. On m’a également présenté le service qui allait m’aider à, enfin, prendre mon envol. Ils m’ont paru très sympathiques et de confiance. De retour à l’internat,  j’avais cette envie folle de m’installer pour de bon dans cette ville médiévale que je venais de visiter et de laquelle je venais de tomber amoureuse. 


“Mes premières vacances entre copines”


Après l’obtention de mon BAC et de mon permis de conduire, je suis partie en Corse pendant quelques mois pour m’épanouir. Mes premières vacances entre copines. Des paysages dingues, des gens cools, c’était magnifique. ça m’a ouvert un peu plus sur le monde.

Il y a trois ans, j’en suis arrivée à un stade où j’avais envie de faire mes preuves, de me stabiliser, de prendre de l’expérience et d’évoluer en entreprise. J’avais envie de prouver que j’étais capable de rester quelque part et d’enfin, poser mes valises. Grâce à du bouche à oreille, j’ai décroché mon premier emploi dans la vente de prêt-à-porter tout en gardant à l’esprit mon objectif : être responsable de cette boutique. Sans me poser de question, sans me mettre de barrière ni de frein, je me suis dit « Vas y fonce ! ». De toute façon, je n’avais pas d’autre choix que de foncer. Si je m’arrête, je n’ai plus rien. Ce n’est pas/plus à mes éducatrices de faire les choses pour moi. Aujourd’hui, je fais les choses pour mon avenir. Moi qui me suis toujours promis d’avoir une belle vie… à moi de m’en donner les moyens.

Aujourd’hui, j’ai atteint mon objectif, je suis indépendante, je suis bien avec moi-même et pour Noël, j’ai pris la décision d’accueillir ma mère et mes deux petits frères. C’est l’une des premières fois que l’on va passer un moment tous ensemble dans les conditions féériques de Noël et je ne compte pas m’arrêter là !


“C’est vous qui avez votre avenir en main”

Si vous aussi vous êtes dans une situation délicate dans une famille d’accueil, ne baissez jamais les bras. Il ne faut pas croire que parce que la vie peut être horrible par moment qu’elle peut l’être jusqu’à la fin de nos jours. Le bonheur ça se contruit. Tout est dans la tête, dans le mental et dans des petites choses du quotidien. Sachez aussi accepter l’aide que l’on vous propose. C’est vous qui avez votre avenir en main. Vous en êtes capables. Si la vie peut se montrer parfois cruelle, il y a des choses qui peuvent aussi être merveilleuses.

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