TEMOIGNAGE – Alyssa « Maman à 16 ans »…

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J’ai contacté SODA Magazine pour proposer mon témoignage. Celui d’une adolescente devenue maman. Si j’ai fait ce choix de raconter mon histoire c’est à la suite de nombreuses questions reçues par des filles de mon âge à ce sujet. A travers ce texte, j’espère pouvoir leur apporter quelques réponses. 

Tout commence à l’âge de 16 ans. Encore lycéenne à Pontarlier, je souhaitais me rendre au Planning Familial pour une prescription de pilule. Le but de cette démarche était évidemment… de ne pas tomber enceinte un jour. Avant d’obtenir une ordonnance, la sage-femme m’invite à faire un test pour détecter une éventuelle grossesse. Jusqu’à ce jour, mon copain et moi avions toujours eu des rapports protégés par préservatifs. Il n’y avait donc aucune raison qu’il soit positif.


« Le ciel s’est abattu sur ma tête… »


A l’issue de ce petit contrôle de routine, le ciel s’est abattu sur ma tête. Je découvre que le test est positif, et pire encore, de plusieurs semaines. Pourtant, jusqu’à ce jour, je n’avais jamais ressenti aucun symptômes liés à une éventuelle grossesse.  Les jours qui ont suivi cette annonce ont été très différents. Je me suis mise à prendre du poids, à vomir et à ressentir tous les effets d’une grossesse. C’était très violent.

A l’annonce de cette nouvelle, j’ai tout de suite appelé ma maman qui était au travail en lui disant « Maman, j’ai fait une connerie ». Pour rigoler elle me répond « Ne me dis pas que tu es enceinte… ». Le soir, en rentrant chez moi, j’ai directement pris le chemin de ma chambre. Après une ou deux heures à rester seule, ma maman est venue me rejoindre pour me demander des explications. A cet instant, elle ne se doutait pas que j’avais déjà pu avoir un rapport avec mon copain. A la fin de mes explications, elle est partie pleurer dans sa chambre. Elle était déçue. Ce n’était pas quelque chose qu’elle attendait de sa fille de 16 ans.

Dans le même temps, ma soeur, qui se doutait de quelque chose, avait entendu, derrière la porte, que j’étais enceinte et que mon choix était d’avorter. Elle est rentrée dans ma chambre, sans frapper, en me lançant un : « Si tu avortes, je ne te parle plus jamais ».

Sur ma demande, ma maman a appelé l’hôpital pour obtenir un rendez-vous pour l’avortement. Pour autant, elle était prête à m’aider si mon souhait était de garder l’enfant. Le lendemain, me voici au rendez-vous. Je passe une échographie et là, j’entends battre le coeur de ma fille. A cet instant, j’ai eu mal au coeur de me dire que je pouvais retirer la vie à quelqu’un.  


« Deuxième douche froide pour moi… »


A l’issue de l’échographie, le gynécologue m’annonce que je suis dans ma 15e semaine de grossesse et qu’il n’était donc plus possible d’avorter. Deuxième douche froide pour moi. Je n’avais pas d’autre choix que d’assumer et de garder cet enfant sans dépendre de mes parents.

Je rentre chez moi. J’appelle mon copain et je lui dis : « Ecoute Ali, c’est trop tard, je ne peux plus avorter. Si tu as envie d’élever cet enfant, reste avec moi. Si tu ne te sens pas prêt ou si tu as peur que tes parents ne l’acceptent pas, pars, mais sache que si un jour tu veux voir ta fille je t’accueillerai les bras ouverts ». Là, il m’a répondu : « Tu es folle. C’est mon enfant. Si tu dois t’en occuper, je m’en occuperai aussi. Il faudra simplement grandir un peu plus vite que les autres jeunes de notre âge. Je l’annoncerai un peu plus tard à mes parents ». 

De mon côté, il a fallu que je l’annonce, moi aussi, au reste de ma famille. Une chose compliquée lorsque l’on sait qu’elle est musulmane et très pratiquante. Finalement, plus de peur que de mal, tout le monde a bien pris cette nouvelle. Ma grand-mère m’a même dit : « Si tu avais voulu avorter, je t’en aurais empêché. C’est interdit dans la reglion. C’est péché ».

Trois mois plus tard (au 6e mois de grossesse), un inconnu a envoyé un message sur le compte Facebook de ma belle-mère pour la prévenir de la situation. Le téléphone sonne. Je décroche et me retrouve seule avec elle. Je décide alors de tout lui avouer car c’est vrai que jusqu’à ce jour, mon copain n’avait pas encore osé lui en parler. 


« Tout le monde m’a félicitée… »


Le lendemain, elle arrive à la maison et me demande de m’habiller. Nous partons chez elle. Là, où mon copain et toute sa famille m’attendaient. A ce moment, je me suis dit « Je vais me faire tuer ». Au final, tout le monde m’a félicitée. Je ne m’attendais pas du tout à ça ! 

Cette nouvelle n’a, malheureusement, pas été bien prise par tous. Au collège, mon frère de 14 ans se faisait insulter (Ta soeur c’est une p***, son fils sera un bâtard, …). En primaire, mes frères et soeurs ont, eux aussi, été victimes d’insultes. Tous leurs copains leur tournaient le dos. Ils se retrouvaient seuls à l’école à cause de moi. Pour cette raison, j’ai décidé de m’éloigner d’eux en prenant mon appartement. 

Au 6e mois de grossesse, retour à l’hôpital suite à une tension trop importante et une menace d’accouchement prématuré. Finalement, il s’agissait d’une pré-éclampsie, une hypertension artérielle qui, non traitée, peut devenir très grave pour la maman et le bébé. Pourtant, on m’a laissée rentrer chez moi… 

Après quelques mois de repos en bougeant le moins possible de la maison, je perds les eaux. Rien n’était prêt. Mon copain était tout stressé en préparant ma valise. Moi je rigolais. Je ne pensais vraiment pas que ça arriverait tout de suite. Le terme de la grossesse était prévu dans 5 jours. Arrivée à la maternité, tout le monde pensait que mon bébé allait arriver rapidement. Du coup, toute ma famille attendait l’heureuse nouvelle à l’entrée de l’hôpital. Après, 5, 6, 7, 8 heures, ils ont commencé à s’inquiéter pour au final,  rentrer chez eux. Seules ma soeur, ma maman et ma belle-mère ont attendu dans la salle d’attente pendant… 35 heures ! Ma tante, elle, a eu le droit de venir me rejoindre en salle d’accouchement. A ce moment, ma fille ne voulait toujours pas sortir. Son coeur commençait à ralentir, le mien aussi. J’étais à même pas 5 minutes de la césarienne d’urgence. 

Normalement, il faut pousser à chaque contraction. Moi, j’étais tellement fatiguée que je faisais n’importe quoi. Concernant les douleurs, c’était horrible. Dans mon cas, la péridurale n’a pas fonctionné, seule la morphine me faisait de l’effet. Malheureusement pas assez. Je ressentais tout. Comme si un camion me roulait dessus. Ma tante me reboostait en me criant dessus pour que je ne lâche rien. Et là, ma fille a choisi de pointer, enfin, le bout de son nez ! 


« Je ne comprenais même pas ce qu’il m’arrivait… »


Lorsqu’elle est sortie, les sensations étaient tellement étranges que je ne comprenais même pas ce qu’il m’arrivait. Dans la salle d’attente, tout le monde s’est mis à pleurer. Ma belle-mère m’a remerciée 1000 fois de lui avoir apporté une petite-fille. Depuis le temps qu’elle en voulait une !

Après une semaine à l’hôpital, nous avons enfin pu sortir et profiter d’une première balade en ville et en famille. Lors de cette promenade, nous avons été confrontés aux premiers regards et premières paroles désagréables. Nous sommes même tombés sur une mamie qui nous a gentillement fait comprendre que nous étions totalement inconscients d’avoir un enfant à notre âge. Le pire, c’est que personne ne connaissait la véritable histoire de cette grossesse. C’est fou comme les gens peuvent nous inventer des vies et déformer la vérité.

Après cette désagréable rencontre, nous avons choisi de quitter Pontarlier pour nous installer chez la grand-mère de mon copain dans la Vallée d’Ornans. Le jour même de notre arrivée, mon copain a trouvé un travail, qu’il a tout de suite accepté. Un jour plus tard, nous trouvions un appartement grâce à un gentil monsieur. Que de bonnes nouvelles en deux jours !

Aujourd’hui, tout va bien même si les sorties entre amis restent rares et si les nuits sont parfois très courtes et agitées. Il nous arrive régulièrement de ne dormir que 3 ou 4 heures. Malgré ça, la naissance de ma fille est la plus belle chose qui me soit arrivée dans ma vie d’adolescente et ce, malgré toutes les appréhensions que j’ai pu avoir. Elle donne du soleil à ma vie même si ce n’est pas facile tous les jours. En un sourire, on peut tout oublier.

Pour conclure ce témoignage, j’aimerais dire que de vouloir un enfant à cet âge est une chose, mais l’assumer en est une autre. Il faut grandir plus vite et s’assumer financièrement. Aussi, il est important de se protéger, que ce soit avec la pilule et/ou le préservatif car même sans s’y attendre, tout peut arriver. La preuve. Pour éviter une éventuelle grossesse non désirée, vous pouvez faire régulièrement des tests de grossesse. Si vous avez d’autres questions, n’hésitez pas à prendre contact avec le planning familial. Une structure gratuite et anonyme qui m’a beaucoup aidée et qui répondra à vos différentes questions. ■ 

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