TEMOIGNAGE – Anouchka* “Harcèlement scolaire, personne ne se doutait de rien”…

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Il y a quelques mois, j’ai contacté SODA Magazine pour proposer mon témoignage. Celui du harcèlement scolaire dont j’ai été victime pendant plusieurs années. A travers ce texte, j’aimerais pouvoir aider et soutenir ceux qui en sont victimes. Si j’ai choisi de témoigner anonymement, c’est pour éviter que le passé ne resurgisse avec les mêmes personnes.

Tout a commencé lors de mon année en 5e. Je me suis retrouvée seule, sans amis, à recevoir des insultes (« Retourne toi il y a une cassos derrière… Ah non, désolé c’est une p*** », « T’approches pas d’elle, tu as vu sa gueule ! » ), des remarques et des regards malsains. Je ne comprenais pas et je ne comprends toujours pas pourquoi. Jusqu’à la fin de ma 5e je n’arrivais plus à approcher mes « vraies » amies. Elles réagissaient toujours avec d’étranges réactions, comme si j’étais fautive de quelque chose. Quand je leur demandais des explications, personne ne voulait me répondre. J’avais simplement le droit à cette phrase : « Tu le sais très bien ». Après quelques temps, je me suis rendue compte que tout venait de ma « meilleure amie » de l’époque qui, elle- même, n’a jamais réussi à me donner d’explication. Toute mon année de 5e s’est passée comme ça, en subissant insultes et remarques blessantes. 


“Dans mon entourage, personne ne se doutait de rien”


Toutes ces attitudes ont, inconsciemment, commencé à me rendre mal dans mon corps et dans ma tête. Cela se traduisait par des malaises répétitifs, des écarts de poids, … Moi qui faisais et qui fais toujours beaucoup d’activités, je n’avais même plus envie d’y aller. Dans mon entourage, personne ne se doutait de rien. Je ne parlais pas de ce qu’il se passait au collège à mes parents. Ayant quelques problèmes de vue, mes parents, les médecins et moi pensions que mes malaises venaient de là.

Arrivée en fin de 5e, les vacances d’été m’ont permis d’aller « mieux » sans pour autant être bien. Quelques mois auparavant, j’avais pris l’initiative de me rendre aux portes ouvertes d’un autre collège pour essayer de fuir mes « meilleures amies » la rentrée suivante. Finalement, ma demande ayant été refusée j’ai repris le chemin de mon ancien collège sans trop me poser de questions. Me voici donc en 4e, dans la même classe que tous ceux qui parlaient sur moi. Là, dès le premier jour, j’ai senti que ça n’allait pas être évident. Il était clair que j’allais continuer à me faire insulter mais je pensais pouvoir le supporter. A ce moment là, j’ai pu dire à mon entourage et surtout à ma mère que je n’aimais pas ma nouvelle classe, que j’allais avoir du mal à m’intégrer malgré le discours qu’elle pouvait tenir. Et effectivement, dès le premier trimestre, je me suis tout de suite renfermée. Je savais que ça allait mal finir. Je me sentais tellement mal que, soit j’allais en cours sans vraiment être présente physiquement, soit je n’y allais simplement pas. En fait, les malaises que mes parents croyaient venir des mes yeux me permettaient de rester à la maison pendant plusieurs jours, voire plusieurs semaines. J’arrivais parfois à exagérer les choses pour ne pas avoir à aller en cours en prétendant un éventuel retour de mes maux de tête.


“Tout le monde pensait que mes absences étaient des à des raisons médicales”


Au premier trimestre, même si je commençais à savoir que j’étais malade pour une raison, celle du harcèlement, je continuais à le cacher à tout le monde. Au fil du second trimestre, la situation devenait de pire en pire. Chaque lundi, ma situation se dégradait en tombant, peu à peu, dans une dépression. Je n’arrivais même plus à me lever le matin. Le fait de me mettre physiquement debout me faisait tomber dans les pommes. Ce genre de situation se produisait quasiment tous les matins. Le midi je mangeais soit pas du tout soit beaucoup trop. Le soir pareil. En fait, mon état mental se répercutait sur mon état physique et les rares fois où j’arrivais à aller en cours, je n’étais, mentalement, pas présente. A cette époque, personne ne se doutait encore de rien. Tout le monde pensait que mes absences étaient dûes à des raisons médicales, pas à une dépression. 

De semaine en semaine, tout continuait à empirer. Je ne pensais qu’à une chose : mettre fin à mes jours. Chaque semaine, j’essayais de trouver une nouvelle façon de me faire du mal et de partir. En fait, pendant plusieurs semaines, mes journées se résumaient à essayer de m’en sortir un minimum et mes nuits à essayer de partir. 


“Je me souviens avoir été “choquée” par la gentillesse des gens”


A cette période, nous sommes en Février, fin du deuxième trimestre. Là, j’ai complètement craqué. J’ai pleuré pendant des heures. Ma mère est venue me voir dans ma chambre. Une fois partie, je lui ai envoyé un message pour lui expliquer toute la vérité. A l’écrit, mes émotions m’emportent et me permettent de mieux m’exprimer qu’à l’oral. Une fois au courant, mon père est allé à la rencontre des responsables du collège. Au lieu d’essayer de résoudre les problèmes, ils m’ont enfoncée en disant qu’il fallait que je m’endurcisse. Il était donc hors de question pour moi, comme pour mes parents, que je remette les pieds dans ce collège. Pendant les vacances de Février, nous en avons profité pour faire une demande d’inscription dans un autre collège. Une demande une nouvelle fois refusée. Finalement, en expliquant le pourquoi de la chose, j’ai pu reprendre ma 4e dans ce nouvel établissement. Lors de mon inscription, je me souviens avoir été « choquée » par la gentillesse des gens. J’avais complètement oublié que c’était quelque chose de possible. En sortant du bureau du Principal, ma maman et moi avons pleuré. On ne s’attendait pas à cet accueil.

Le lendemain, je suis allé en cours. J’avais le sourire. C’était bizarre. J’ai fait une semaine durant laquelle tout allait très bien et pendant laquelle personne ne m’a jugée. Les autres élèves ne comprenaient même pas comment j’avais pu être harcelée… Quelques jours plus tard, me voici en train de refaire un malaise. Gros coup de panique pour tout le monde puisqu’on pensait que je rechutais. Finalement, plus de peur que de mal, tout allait bien. 


“Aujourd’hui tout va bien même s’il reste encore quelques sequelles”


Si mon arrivée dans ce nouveau collège m’a aidée à remonter la pente, mes autres passions y sont aussi pour quelque chose. La danse, la guitare, la musique, l’écriture, les voyages, … m’ont beaucoup aidée à m’en sortir.

Aujourd’hui, tout va bien même s’il reste encore quelques sequelles et certains souvenirs qui resurgissent parfois. Du côté de ma scolarité, même si j’ai raté une grosse partie de mon année de 4e, je m’en sors avec 13 de moyenne pour mon année de brevet. 

Si certains se reconnaissent à travers mon histoire, si vous êtes victimes de harcèlement, il faut essayer de trouver la source de tout ça. Mettre des mots sur ce que l’on ressent. N’hésitez pas à faire en sorte que votre entourage sache ce qu’il se passe, même si c’est en écrivant. Pour les harceleurs, pensez que même si c’est juste une petite remarque, une petite insulte, tout peut prendre de l’ampleur et mal se terminer. Le harcèlement n’est pas uniquement physique, il peut aussi être moral. ■

*Anouchka : Prénom d’emprun – 15 ans

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