TEMOIGNAGE – Cyril “Le harcèlement scolaire, mon témoignage”…

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Si j’ai accepté de témoigner sur le sujet du harcèlement scolaire, c’est parce que j’en ai été victime de très nombreuses années et que beaucoup d’autres enfants et adolescents sont, ou ont été, dans ma situation. Par ce témoignage j’aimerais également que les harceleurs prennent conscience de la gravité de leurs actes et des dégâts causés psychologiquement sur leurs victimes.

De mon côté, tout a commencé très tôt. Mes premiers souvenirs remontent à la fin de la primaire où des groupes d’élèves se formaient autour de moi pour m’insulter, me frapper, me menacer. Pourquoi ? Parce que je n’avais pas les mêmes préoccupations ou les mêmes sujets de conversation qu’un enfant de 7 ans. Il faut savoir qu’à cet âge, mes parents m’ont fait passer un test de QI auquel j’ai obtenu 118. A titre de comparaison, un enfant « normal » obtient un résultat compris entre 80 et 90. En plus de ça, j’étais atteint de dyspraxie (ndlr : problème d’organisation) et d’une dysgraphie (ndlr : problème dans l’aisance d’écriture). Avec toutes ces différences, je me mettais moi-même de côté, au point d’en devenir solitaire. C’est comme ça que, me voyant seul et faible, les premiers groupes se sont formés. A cette période je commençais déjà à avoir peur d’aller à l’école pour me faire frapper et insulter avec cette phrase qui revenait souvent : « Tu devrais te suicider, tu ne manqueras à personne».


“Pourquoi est-ce que ça m’arrive à moi ?”


Le soir, je rentrais chez moi avec une sale tête en disant à mes parents que je n’aimais pas l’école mais je refusais de leur expliquer les raisons. J’avais honte de me faire frapper. Je me demandais « Pourquoi est-ce que ça m’arrive à moi ? ». Finalement, ce sont eux qui, au bout de quelques années, ont découvert qu’il se passait quelque chose d’anormal. En colère après moi, ils ne comprenaient pas pourquoi je ne leur en avais pas parlés plus tôt. Aujourd’hui, je ne comprends toujours pas pourquoi j’ai autant attendu.

Suite à leurs conseils, j’ai commencé à être suivi par un psychologue dès le CM1. J’étais heureux, ça me permettait de voir quelqu’un à qui me confier tous les mercredis. Après un an de consultation, il m’a annoncé que j’étais atteint d’un TEI (Trouble Explosif Intermittent). Une « maladie » qui se traduit par des excès de violence et une colère extrême à la moindre agression. D’après lui, la violence que je subissais par les élèves aurait « déteint » sur moi. 

Comme nous étions tous les deux fans de mangas, pour m’aider à réguler cette violence, il m’a comparé à Naruto, un personnage qui cache en lui un démon surpuissant. En y réfléchissant bien, c’est vrai que ça collait. En me mettant en colère, je devenais beaucoup plus fort et plus dangereux, comme lui. Suite à cette comparaison, il m’a fait lire quelques épisodes dans lesquels Naruto apprenait à se contrôler. Avec des exercices de respiration et méditation, j’ai pu, moi aussi, apprendre à en faire de même. J’ai également été formé à l’auto-hypnose pour entrer dans un état de transe qui me calme.

Arrivé au collège, je pensais que tout allait se régler. En fait, rien n’avait changé. « Connard », « sale chien », « enc*** »… les insultes revenaient tous les jours, sans oublier les coups réguliers qui les accompagnaient. Venant du nord de la France, on se moquait aussi de mes origines. Je ne savais pas si c’était des blagues ou si je devais me mettre en colère : « Est-ce que je l’éclate ? », « Est-ce que je le frappe ? »… J’en étais perdu. Du coup, j’en ai reparlé à mes parents. C’est là que mon papa a « pété un plomb » en allant hurler sur les élèves et en les menaçant de porter plainte à la gendarmerie. Je pensais alors que tout allait rentrer dans l’ordre. Finalement, le lendemain, mes harceleurs sont revenus vers moi en me disant
« Pourquoi tu as tout balancé ? ». 


“Ce jour-là, un élève m’a mis une claque”


Ce jour-là, un élève m’a mis une claque. J’ai répondu avec un coup de poing en le faisant tomber à terre. Pendant l’acte, je me suis senti libéré mais très rapidement j’ai commencé à regretter mon geste. Un élève qui s’était enfui est allé raconter la scène à un professeur en me mettant en cause : « Cyril nous a frappé sans aucune raison ». C’est alors que la directrice est venue, m’a convoqué dans son bureau avec les autres élèves. Elle a commencé par me « passer un savon ». C’est là que j’ai décidé de tout raconter. Expliquer les faits tels qu’ils s’étaient passés. 

Mes harceleurs ont été renvoyés de l’établissement une semaine. A leur retour, ils ont dû rédiger une lettre d’excuses à me lire à voix haute en conseil de discipline devant le corps enseignant et tous les délégués. Par la suite, ils se sont calmés et se sont mis à me parler plus gentillement. Pour autant, j’ai continué à être harcelé par d’autres groupes d’élèves. J’avais l’impression que tout le collège était contre moi. Il y avait des insultes à droite, à gauche. Je ne pouvais plus traverser la cours sans me faire insulter. Le soir, en rentrant chez moi, je m’enfermais. J’avais l’impression d’être dans une bulle de protection dans laquelle je pouvais jouer à des jeux vidéos, faire mes devoirs ou du sport sans que personne ne vienne me harceler. A vrai dire, je n’avais aucun contact avec l’extérieur, sauf avec ma famille. A cette époque, je ne connaissais même pas l’amitié. Heureusement, tout ça s’est enfin apaisé depuis mon arrivée au lycée avec la maturité des élèves.

Aujourd’hui, je suis en Première L, j’ai un groupe d’amis et je suis heureux. S’il y a une leçon que je pourrais apporter aux enfants ou adolescents victimes de harcèlement, c’est une chose qui est dite et répétée, le harcèlement ne se règle jamais seul. Il faut en parler, principalement à sa famille, pour avoir un soutien à la maison. Même si tout ne se résout pas, la famille est la chose la plus importante que l’on possède. Elle sera toujours là pour nous écouter, nous soutenir, nous faire des calins et nous réconforter. Aussi, sachez que la violence ne se résout jamais avec de la violence. Il est inutile d’essayer de régler ses problèmes tout seul. Et si beaucoup de harcelés deviennent par la suite harceleurs, pour ma part, ça n’a pas été le cas. Même si je ne pardonnerai jamais à ceux qui m’ont fait du mal,  mes parents m’ont toujours appris à ne pas faire aux autres ce que l’on n’aimerait pas que l’on me fasse. Toutes ces histoires m’ont beaucoup blessé et je n’ai pas envie de blesser les autres. ■

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