TEMOIGNAGE – Elena “Sortie d’un cauchemar”…

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Âgée de 19 ans, je me suis retrouvée, en quelques semaines seulement, à vivre un véritable cauchemar. Amoureuse d’un homme de 38 ans, je me suis laissée embarquer dans son jeu : une manipulation dangereuse qui aurait pu me coûter la vie à plusieurs reprises. Consommation de drogues, isolement, négligence, inconscience, j’étais prête à tout pour lui. A travers ce témoignage j’aimerais pouvoir alerter et aider d’autres victimes de ce genre de manipulateur, aussi appelé pervers narcissique.

A l’époque j’avais 19 ans, je venais d’avoir mon bac et j’étais sur le point d’entrer en BTS à l’ENIL (Ecole Nationale d’Industrie Laitière) de Mamirolle. Lui, en avait 38. Nos premiers échanges ont eu lieu sur Facebook. Passionnés tous les deux de musique, il m’a abordée en me présentant son groupe de rock (J’ai compris par la suite que c’était sa manière à lui d’aborder les filles). Au départ, il s’agissait de simples échanges sans propos déplacés. Bref, des discussions banales.


“Une soirée idyllique, presque parfaite…”


Quelques semaines après nos premiers échanges sur messenger, nous nous sommes finalement retrouvés chez lui. Il paraissait un peu timide et maladroit. Ce soir là, il avait préparé une bouteille de champagne et quelques toasts. Une soirée idyllique, presque parfaite, comme dans les films. 

A près plusieurs rencontres, j’ai pu remarquer qu’il consommait de la cocaïne. Sans jugement, je lui ai demandé ses raisons. Il m’a alors avoué qu’il ne s’agissait que d’un plaisir occasionnel, qu’il n’y avait rien de négatif à consommer cette poudre blanche et que dans les groupes de rock, c’était quelque chose de presque banal. Sauf que ce plaisir occasionnel devenait, au fil des semaines, de plus en plus récurrent. C’est à partir de cette période que son comportement a changé par rapport à moi. 

En couple depuis plusieurs semaines, j’étais clairement impliquée, de façon intime, dans sa vie personnelle. Lorsque j’abordais le sujet, au lieu de se braquer et de se déresponsabiliser, c’est là qu’il essayait de retourner la situation, de manière à la rendre positive. En me faisant comprendre que si c’était de la bonne « came », et prise dans de bonnes conditions, ça ne pouvait que bien se passer.

Il me vantait même que certains grands sages en consommaient pour éveiller leurs consciences. Pour ma part, j’étais terrorisée rien qu’à l’idée de devoir en consommer et une peur folle de détruire mon cerveau. Mais avec ses propos « rassurants » et à force de répétitions, un soir, les deux posés dans le canapé, il m’a proposé un rail de cocaïne. Il m’a tendu sa paille personnelle (on utilise une paille pour aspirer la poudre de cocaïne avec le nez) comme une preuve d’amour, pour me faire comprendre qu’il ne me voulait pas de mal. Ce jour-là a été pour moi, le premier d’une descente aux enfers qui a duré plusieurs mois.
Plus on avançait dans notre relation, moins j’avais de contrôle sur ce que je faisais. Lui, en revanche, l’avait sur moi. Il faut dire que la drogue que je consommais régulièrement était une solution pour lui de me manipuler davantage. Je pense qu’il espérait vraiment me rendre accro et que je finisse aussi mal que lui. Quelque chose que je ne comprenais pas encore à l’époque.


“On arrive à douter de choses pourtant évidentes”


Clairement, tout ce qu’il me reprochait chaque jour était en fait ce que lui se reprochait dans sa tête (infidelité, dépendance à la drogue, violence, …). J’en étais même arrivée à un stade où je doutais de moi ! Quand j’ai appris que j’étais porteuse d’une MST (Maladie Sexuellement Transmissible), j’ai choisi de lui en parler. Plutôt que de me réconforter, il me reprochait ouvertement que c’était une preuve de mon infidélité. A cette époque, j’étais en internat la semaine et chez lui le week-end. Bon nombre de mes amis auraient pu témoigner de ma fidelité. Pour me rassurer, plutôt que de croire que c’était lui qui en était réellement la cause, j’ai quand même demandé à mon gynécologue si j’avais pu attraper cette MST par un autre moyen. Avec cette manipulation, on arrive à douter de choses pourtant évidentes.

Les fois où je prenais de la cocaïne à ses côtés, son but était de me faire avouer l’inavouable. En général lorsque l’on consomme cette drogue, on devient speed et on parle beaucoup.

Il pensait se servir de ça comme un élément déclencheur de mes « aveux ». Sauf que, petite rebelle que je suis (ahah), je me plongeais dans un silence complet sans le vouloir. Pas un mot ne sortait de ma bouche. Il me faisait subir des nuits blanches d’interrogatoire et de cauchemars sans fin. 


“Seule la mort aurait pu nous arrêter”


Additionnée à l’alcool et à d’autres drogues, je devenais complètement paranoïaque. J’entendais des voix, j’avais l’impression d’être entourée de plusieurs personnes alors que j’étais seule avec lui. Totalement inconscients, on prenait même la route dans cet état. A ce stade, nous n’avions plus de notion de la vie réelle, plus de limites, plus peur de rien. Seule la mort aurait pu nous arrêter. 

J’ai mis beaucoup trop de fois ma vie et celles des autres en danger pour aucune bonne raison. Il faut savoir que la drogue, quelle qu’elle soit, plus on va essayer d’atteindre quelque chose de bien avec, plus le retour à la réalité sera difficile. Le mal est proportionnel au bien, voire pire. 

A part les dégâts psychologiques (trous de mémoire) et sociaux, physiquement je suis plutôt du genre coquette, à prendre soin de moi. Là, au contraire, j’étais sale, transpirante et négligée. Je ne me reconnaissais même plus dans un miroir. Souvent, lui me disait qu’il me trouvait « sexy » dans ce genre d’état. Soit disant, ça faisait « rock ». Raconter mon histoire à ce jour, c’est comme si je racontais un film. Pourtant, j’ai tout vécu de l’intérieur. Sa chambre était une petite pièce à l’arrière de son appartement avec une petite fenêtre, une télé, un mur de DVD, un matelas et… un seau bleu en guise d’urinoir. A ce stade, on s’en fout de tout. Il n’y a plus de limites. On ne respecte plus rien, ni notre image ni notre intimité. On descend bien bas. C’est dans cette pièce que l’on passait la plupart de notre temps. Un petit univers sombre et sale. Ca paraît fou d’en parler aujourd’hui, mais le vivre était totalement insignifiant pour moi. Cette gêne que j’ai là en témoignant, notamment en parlant du seau, je ne l’avais pas du tout en vivant tout ça. C’était quelque chose de totalement banal.

Parallèlement à tout ça, je continuais à aller en cours mais mon esprit restait dans cette pièce. Mes profs ne comprenaient pas mon manque d’implication. Evidemment ce mal-être se ressentait dans mes résultats et dans mon indifférence à ces derniers. Mon BTS n’était pas du tout ma priorité à cette période. Elle était plutôt de le rassurer lui pour qu’il se sente bien, en permanence. éloignée de ma mère et de mes amis, je n’avais plus que lui dans ma vie. Il me persuadait même de ne rien raconter à notre entourage pour, soit-disant, nous préserver…


“Malgré notre séparation, il continuait de me harceler”


C’est seulement à la fin de ma première année de BTS que j’ai réussi à le quitter avec l’aide de mon gynécologue. Malgré notre séparation, il continuait de me harceler par téléphone, par
courrier et même en se présentant devant l’internat. Là, j’ai pris la décision d’aller voir l’intendant pour qu’il prévienne les veilleurs de nuit. Après quelques questions, j’ai craqué, j’ai fondu en larmes et je lui ai tout raconté. Devant mon état émotionnel, il a su garder son sang froid et me mettre en confiance. J’ai clairement senti que je pouvais me reposer sur lui. 

Etant au courant de mon histoire, il m’a proposée d’aller déposer une plainte le lendemain matin. J’ai d’abord refusé, comme si je voulais encore le protéger, lui et ses enfants. La nuit portant conseil (à ce moment, l’allié de mes nuits était le spasmine, un mélange de plantes relaxantes), c’est accompagnée d’une secretaire de mon établissement que je me suis finalement rendue à la gendarmerie. Grosse déception à la suite du dépôt de plainte puisqu’il n’a été retenu que le harcèlement téléphonique. J’étais littéralement décomposée intérieurement. J’aurais pensé qu’il allait au moins être convoqué au vu des dégâts psychologiques (harcèlement moral) qu’il avait causé. Mais non, de nos jours il est en fait très difficile d’avoir un bon dossier qui vaille le coup d’être défendu au tribunal. Depuis ce jour, bien qu’il l’ait déjà tenté, il a l’interdiction, par quelque moyen que ce soit, d’entrer en contact avec moi.

Les premiers mois après notre séparation ont été très difficiles. J’étais dans un état dépressif, à fleur de peau, fragile mais avec une volonté indéniable de m’en sortir. J’ai d’ailleurs eu la chance de pouvoir le faire sans suivre de cure de désintoxication, avec une seule grande motivation : ne pas finir comme lui. En complément, je consommais uniquement des fleurs de bach, un remède aux plantes naturelles, qui m’a permis de combattre certaines de mes angoisses (mais qui ne guérit personne de la drogue). Avec ma détermination, j’ai réussi à vivre pleinement ma seconde année de BTS. En étant au plus bas, on sous-estime la force que l’on a à l’intérieur pour s’en sortir et remonter la pente. J’ai aussi choisi de consulter une psychologue. Et même si, concrètement, elle ne m’a rien apportée, je ne regrette pas d’avoir essayé.

Si j’ai osé témoigner de mon histoire ici c’est pour essayer de venir en aide à d’autres personnes vivant la même situation (pour toute question, contacter SODA Magazine qui transmettra). Avec mon expérience, je peux affirmer que tout ce que l’on inflige à notre corps à un instant T, on finit par le payer un jour ou l’autre. Avec le recul, je prends cette « expérience » comme une épreuve de la vie. Cette période m’aura permis de me dégoûter des drogues et de l’alcool et de savoir que j’étais beaucoup plus forte que ce que je pensais. J’ai aussi réussi à évincer toute forme de violence dans ma vie personnelle, d’être plus altruiste.  Aujourd’hui, je suis en bonne santé, j’ai une vie sociale, une vie normale pour une fille de 23 ans, plein de projets, une joie de vivre, une envie d’apprendre, d’avancer et me construire un peu plus chaque jour. J’ai conscience d’être extrêmement chanceuse de m’en être sortie. ■


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