TEMOIGNAGE – Louise « L’amour n’a pas de genre »…

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Propos recueillis par Chloé Ferreux.

Louise, 17 ans, a accepté de témoigner sur son homosexualité pour rappeler aux jeunes filles lesbiennes qu’elles ne sont pas seules dans ce cas et qu’il y a une chose plus importante qu’une orientation sexuelle : l’amour.

Chloé / SODA Magazine : Quand as tu su que tu étais attirée par les filles ? 
Louise : Lorsque j’étais au collège. Plus précisément au moment où on nous a parlé de sexualité. Si je ne m’étais jamais posée de questions durant mon enfance, je ne me voyais pas avoir un rapport sexuel avec un homme, tandis que les femmes m’attiraient de plus en plus. J’ai toujours su que c’était possible, mais de là à imaginer que ça me concernait… Aujourd’hui quand j’y repense, je vois beaucoup d’éléments qui auraient pu me l’indiquer bien avant. C’est pourquoi, je ne dis pas que je suis devenue lesbienne, mais plutôt que je me suis découverte. 

As-tu eu du mal à en parler au début ?
J’ai mis un peu de temps à l’accepter, un peu plus pour en parler, mais j’ai toujours eu une famille à l’écoute et des amis ouverts d’esprit. Si au début c’était important pour moi de l’avouer, j’ai cessé assez vite les grandes déclarations : ma sexualité n’est qu’une partie de ma personnalité, et je ne me définis pas par elle. Mais si le sujet vient dans la conversation, je le dis naturellement. Après tout, ce n’est pas une chose que l’on peut changer. Le plus compliqué, c’est de devoir apporter une justification, une preuve à ce que l’on dit.


« Souvent, mes amis se sentent obligés de préciser mon orientation sexuelle… »


Trouves-tu que le regard et/ou le comportement des personnes autour de toi ai changé depuis ?
Le regard de mes proches n’a pas vraiment changé car la plupart s’en doutait ou alors ne voyait pas de différence. Seule une ou deux de mes amies se sont éloignées, sans doute par peur que notre proximité physique ait un double sens. La chose qui a le plus changé pour moi, depuis que je m’assume pleinement, c’est la façon que j’ai de rencontrer de nouvelles personnes. Souvent, mes amis se sentent obligés de préciser mon orientation sexuelle lorsqu’ils me présentes à des inconnus, ce qui instaure parfois une certaine distance. La façon dont on regarde une personne homosexuelle, peu importe le degré d’ouverture d’esprit, reste différente.

Que conseillerais-tu aux filles qui n’osent pas en parler à leurs proches ? 
Je leur dirais de se demander pourquoi elles n’osent pas en parler. Si c’est par peur de paraître différentes aux yeux des autres, alors ma réponse est oui, cela est inévitable. Mais si vos proches vous aiment, alors ils l’accepteront et sûrement, vous aideront. Par contre, si c’est par peur de subir des violences physiques ou verbales (déjà présententes dans certaines familles), alors je vous dirais de ne pas vous dévoiler seules. Il vaut mieux avoir quelqu’un sur qui compter, et y aller doucement quand on sent que tout peut s’effondrer. En règle générale, il est souhaitable d’attendre d’être prête. Avoir une petite amie par exemple, peut permettre de pouvoir être accompagnée, et d’être certaine de ses propos. Il est plus simple d’affirmer « j’ai une petite amie » que « je suis lesbienne ». Cependant, il ne faut pas oublier que personne ne vous oblige à le dire. La sexualité est une des choses les plus intimes qui soit, et elle ne regarde que vous.

Penses tu qu’il y a une différence pour la société entre une fille lesbienne et un garçon homosexuel ? 
Oui, pour moi il y a vraiment une différence entre les homosexuels et les lesbiennes aujourd’hui. Tout d’abord, au sein même de ce qu’on appelle la communauté LGBT, les différents groupes ne sont pas toujours solidaires entre eux. Certaines femmes préfèrent rester entre elles, et certains hommes entre eux. Si les luttes restent souvent les mêmes, les intérêts sont différents. Mais ceci correspond aussi aux problèmes de la vision des femmes dans notre société. Si les hommes homosexuels vont être insultés et dénigrés, les femmes vont elles être hypersexualisées, désirées. Plus d’une fois j’ai entendu des garçons proposer à des couples de femmes de partager leur lit, comme si ces femmes avaient réellement besoin d’un homme pour être comblées. Et lorsque ces derniers comprennent que non, ils deviennent méchants, au point de dire des choses telles que “de toute façon vous n’avez pas rencontré le bon homme”, ou encore “pas étonnant que tu aimes les femmes, aucun homme ne voudrait de toi, regarde toi”. Malheureusement pour la gente masculine, je peux affirmer que nous vivons très bien sans eux, et non, nous ne sommes pas frustrées si ils ne s’intéressent pas à nous.


« La sexualité est l’une des choses les plus intimes qui soit… »


As-tu un message à faire passer à toutes ces jeunes filles qui ont peur de s’accepter ?
Comme je le disais, la sexualité est une des choses les plus intimes qui soit, et personne ne peut décider d’aimer une fille ou un garçon. C’est comme ça, ça arrive sans prévenir, et on ne peut rien y faire. Rien, à part s’accepter. Parce que cela non plus personne ne le fera pour vous. On a beau essayer de se convaincre du contraire, les sentiments se moquent de la raison, alors autant les accueillir comme il se doit. Dans notre société, l’amour est une chose que l’on met en valeur. Il est très attendu. Or, l’homosexualité c’est avant tout de l’amour, autant le mettre en avant. Même si certains jours, il est difficile de devoir faire face aux obstacles, accepter d’aimer et d’être aimé en retour, c’est la chose la plus réconfortante qu’il soit. Et pour pouvoir aimer, c’est bien connu, il faut s’aimer dans un premier temps.

Aujourd’hui est-ce que cela t’arrive de te faire agresser ou critiquer pour ton orientation sexuelle ? 
Lorsque j’étais encore au collège, et que les autres élèves l’ont appris, j’ai subi beaucoup de remarques, et de discrimination, allant jusqu’à devoir me changer seule dans les vestiaires. Mais j’avais du répondant, et je n’ai jamais laissé un élève me persécuter bien longtemps. Depuis que je suis au lycée à Besançon, je n’ai plus vraiment subi de critiques par rapport à mon orientation, parce que c’est quelque chose de vraiment accepté là-bas. Mais il reste, tout de même, quelques remarques blessantes, lancées par des personnes plus ou moins proches, qui le font parfois exprès. C’est assez dur de se dire que l’on n’est pas acceptée pour quelque chose que l’on ne contrôle pas, mais en France, j’ai déjà moins de chance de me faire tuer pour ça. Alors autant essuyer quelques remarques plutôt que de ne pas profiter de cette chance, de pouvoir aimer au grand jour. 


« Personne ne choisirait de faire parti d’une minorité qui reste aujourd’hui encore, harcelée »


Que réponds-tu aux personnes qui te font des remarques blessantes ? 
La plupart du temps je préfère les ignorer car je n’ai pas vraiment de temps à perdre pour ce genre d’inepties. Mais si quelque chose me choque, ou me heurte, je ne vais pas hésiter à répondre. Souvent, le plus calmement possible, afin de faire comprendre à la personne qu’elle a tord. Cependant, si les propos sont vraiment choquants, j’essaie de dire quelque chose d’encore plus extrême, bien entendu, ironiquement, afin que l’on comprenne la violence de ces propos. Il faut garder à l’esprit que les critiques proviennent principalement de personnes ayant peur de l’homosexualité, peu informé sur sa réelle nature: une sexualité et rien d’autre. Alors il vaut mieux ouvrir le dialogue que sortir les armes et se braquer. Mon argument favori face aux personnes pensant que ceci provient de notre volonté est de rappeler que personne ne choisirait de faire parti d’une minorité qui reste aujourd’hui encore, harcelée. 

Propos recueillis par Chloé Ferreux.

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